2019, L’ANNÉE DE TOUS LES CHANGEMENTS POUR L'UNION EUROPÉENNE

Alors que l’attention se tourne vers les élections européennes qui auront lieu du 23 au 26 mai, c’est un renouvellement général des dirigeants des institutions européennes qui se prépare en 2019. Marqué cette année par une incertitude inédite, le scrutin ne constituera que le point de départ d’une longue période de négociations et de nominations.



Un Parlement européen fragmenté ?


Réduit à 705 sièges du fait de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, le Parlement européen sera le premier à être renouvelé. Les différentes projections annoncent un hémicycle plus éclaté que jamais. Aucun groupe politique ne serait en mesure de dépasser les 200 sièges. Les deux groupes qui réunissent actuellement une majorité, le groupe de centre-droit PPE et le groupe socialiste S&D, se verraient affaiblis et seraient incapables de constituer de nouveau une majorité ensemble. Il leur faudrait alors faire appel aux libéraux du groupe ALDE, renforcés par les nouveaux députés LaREM, voire les écologistes. Le groupe conservateur ECR se verrait diminuer, à la suite du départ des tories britanniques.


Bien que le Parlement soit plus éclaté, il semble improbable que les partis eurosceptiques et europhobes parviennent à constituer une majorité. Leur augmentation numérique (ils pourraient obtenir autour de 150 eurodéputés) devrait cependant leur donner un poids plus important au sein du Parlement et leur permettre de trouver des majorités de circonstance pour bloquer certains projets.


La bataille s’annonce donc rude au cours de l’été pour le partage des postes de responsabilité au sein de l’institution (présidences et vice-présidences de commission) et notamment pour l’élection du Président du Parlement européen.


Quel président pour la Commission européenne ?


Ces changements au Parlement influeront significativement sur la désignation du futur Président de la Commission et du Collège des commissaires à l’automne 2019. L’éclatement des forces politiques rendrait compliquée la formation d’une majorité pour trouver le nom du successeur de Jean-Claude Juncker.


Le principe du Spitzenkandidat, à savoir la désignation automatique au poste de Président de la Commission européenne du candidat désigné tête-de-liste par le parti européen arrivé en tête, pourrait s’en trouver affecté. Faute de majorité, la grande négociation interpartis pourrait déboucher sur un candidat qui contente tout le monde au détriment d’un candidat investi par le parti vainqueur.


Alors que la tête de liste PPE est l’Allemand Manfred Weber, le nom du Français Michel Barnier revient souvent, ce dernier disposant d’une plus grande expérience et d’un profil plus centriste. Les chefs d’Etat et de gouvernement n’ont pour leur part pas renoncé à peser sur le processus de désignation. Emmanuel Macron par exemple, pousserait pour que l’actuelle Commissaire à la concurrence, la Danoise libérale Margrethe Vestager, occupe le poste.


Un renouvellement plus large


Outre les postes de Président du Parlement européen et de Président de la Commission européenne, la présidence de la Banque centrale européenne, du Conseil européen ainsi que la direction de la diplomatie européenne seront également à pourvoir à la fin de l’année. Il faut donc s’attendre à des négociations serrées entre chefs d’Etat et de gouvernement. Outre les équilibres politiques, les équilibres Nord/Sud et la parité devront être pris en compte dans ce grand mercato.


Alors que l’Allemagne souhaiterait obtenir la Présidence de la Commission Européenne, à travers le soutien au Spitzenkandidat du PPE Manfred Weber, la France serait intéressée par la Présidence de la BCE. Les noms de Benoît Cœuré, actuel membre du directoire, et de François Villeroy de Galhau, actuel gouverneur de la Banque de France, ancien directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn à Bercy, circulent pour succéder à Mario Draghi en octobre 2019. La Finlande convoite également le poste, avec des candidats tels que l’ancien Commissaire européen et actuel Président de la Banque centrale de Finlande Olli Rehn.


Un scénario similaire à celui suivant les élections européennes de 2009 pourrait voir le jour. Les dirigeants européens n’avaient pas réussi à s’entendre sur la répartition des postes avant février 2010. Compte tenu des incertitudes politiques actuelles, il n’est pas exclu que les négociations ne débouchent pas avant début 2020.

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